George Alone

Par Rin

Qu'est ce que la véritable solitude ?

Lorsque Georges Alone se réveilla ce matin-là, il ne remarqua rien d'inhabituel si ce n'est le silence. C'est cela qui le tira d'une torpeur généralement plus longue. En ouvrant les yeux, il remarqua qu'il faisait jour et découvrit qu'il était 10 heures. En moins d'une seconde, il pensa au silence, à cette belle journée de printemps, à l'horreur de sa vie, et au fait qu'il serait en retard à son travail. Il se prépara le plus vite possible et son esprit occupé oublia la lourde ambiance. Ce n'est qu'à 10 heures et demi, quand il sortit de chez lui, qu'il commença à s'inquiéter. Georges Alone habitait le centre ville. Un centre ville classique : Les voitures et leurs chauffards, les passants, les jeunes séchant les cours... bref, une masse de gens anonymes et insupportables qui le rendait mal à l'aise. Mais là, rien. Personne. Il faisait délicieusement bon et une légère brise soufflait... Pas de signes de catastrophe, pas de traces d'évacuation précipitée. Non, les voitures étaient là, mais à l'arrêt. Les enseignes des magasins clignotaient, mais personne ne vendait ni n'achetait rien. En fait, c'était comme si en un éclair, tout le monde avait disparu d'un coup de baguette magique.

Etre seul ?

Georges Alone ne voulut pas céder à la panique. "Ce doit être pour la caméra cachée". En effet, quelle autre explication sinon ? Rassuré qu'a moitié, il voulut en avoir le cœur net. Il chercha les fameuses caméras, et emprunta une autre rue. Il courait presque lorsqu'il arriva à la gare. Tout était désert. Même les oiseaux n'étaient plus là. Comme chaque matin, il attendit son train, 10 minutes. Il eut le temps de penser aux choses de la vie, et de souffrir, comme à chaque fois que son esprit n'était plus occupé. 20 minutes. C’en était trop. Il se résolut à appeler quelqu'un. Mais qui ? Pas de famille. Plus d'amis, pour lui, le "mort-vivant", ce qui n'était pas totalement faux... Le pauvre dû se rendre à l'évidence, il n'y avait plus personne.
Georges Alone sortit de la gare, le cœur battant la chamade. Que se passait-il donc ? Où étaient les autres ? "Suis-je devenu fou ? Suis-je en train de rêver ?" Lentement, les frissons cédèrent à la panique. Non, il ne rêvait pas, il était en plein cauchemar, en plein délire. Il fallait comprendre, trouver une explication. Aller ailleurs, il rencontrerait sûrement quelqu'un.
Les voitures étaient là, devant lui, semblant attendre. Tremblotant, il s'approcha de l'une d'elles, la clef était sur le contact. Il s'installa. Sa souffrance passa au degré supérieur. Une profonde respiration et il mit le moteur en marche. "Cela fait longtemps que je n'ai pas conduit", se dit-il, pour s'occuper l'esprit. Depuis...

Ou se sentir seul ?

"Suis-je mort ?" fut sa première pensée quand la voiture commença à avancer. A la manière d'un automate, il passa les vitesses, accéléra lentement. Beaucoup de choses défilaient devant ses yeux. Au début, les voitures étaient immobiles, puis elles se mirent d'elles-mêmes en mouvement. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. Il s'engagea sur l'autoroute. Il reproduisait... Accélération encore. Et toujours la même scène continuait ses flash-back incessants et insupportables. Vitesse folle. Dans une sorte d'état second, Georges Alone entra dans un tunnel. La vision de la route et de l'accident se brouillaient totalement. Mélange confus de vision, chaleur, route, lumière, phares, gouttes de sueurs... Puis brusquement, tout s'arrêta. Il avait freiné à cet endroit. Là où sa femme était morte. Là où lui était mort vivant. Sa femme, si belle, gisait ; et lui, "indemne", pas une égratignure. Pourquoi ? Noir, il ne sut pas combien de temps il y resta. La souffrance atteignit son paroxysme. Si bien que lorsque la lumière réapparut, Georges Alone ferma les yeux pour ne pas être ébloui.
Lorsqu'il les ouvrit, un enfant se tenait là, qui lui avait pris la main.
" Bonjour, dit l'enfant.
- Bonjour, dit Georges."
Et main dans la main, il marchèrent, sous la lumière du printemps, vers les montagnes rocheuses.

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